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International Conference - Lille, France (3-5 July 2019)

Envisioning the Economy of the Future, and the Future of Political Economy

Papers > By author > Ninet Jacques

L'arrêt de la normalisation de la politique monétaire américaine : Simple pause ou volte-face ?
Jacques Ninet  1@  
1 : consultant
ENSO

Dans le livre consacré aux ‘‘taux'' d'intérêt négatifs que j'ai publié en 2017, j'ai développé l'idée que les politiques monétaires non conventionnelles (taux d'intérêt négatifs ou nuls et quantitative easing) étaient le fruit des désordres structurels de l'économie mondialisée et financiarisée et de ses crises à répétition. En conséquence, j'ai émis l'hypothèse qu'il serait impossible d‘y mettre fin sans un changement profond du modèle de croissance des pays avancés, d'où le sous-titre de « trou noir du capitalisme financier » donné à cet ouvrage, au sens que ce concept prend en astrophysique.

La ‘‘normalisation'' entreprise par la Reserve Fédérale des Etats-Unis entre décembre 2015 et décembre 2018 a d'abord semblé me donner tort. Les taux à court terme sont effectivement remontés de 0,10% à 2,40% (de 0,20% à 2,80% sur les dépôts interbancaires à 3 mois), dans un contexte d'économie florissante et de marchés boursiers euphoriques (+35% sur la même période). Mais c'est précisément au moment où cette ‘'normalisation'' commençait à prendre un tour possiblement restrictif que la ‘'colère'' des marchés financiers, conjointement à celle du Président Trump, a conduit le FOMC à tourner littéralement casaque, entre fin décembre 2018 et le début 2019.

Cette volte-face de la seule Banque centrale (avec la Bank of England) à avoir respecté la barrière du taux zéro conduit à se poser trois questions :

  • l'économie capitaliste, dans sa version hyper-financiarisée, ne peut-elle plus fonctionner qu'avec une monétisation permanente et quasi illimitée de la dette, comme l'a décidé le Japon et comme semblent condamnés à le faire l'Europe de la monnaie unique et quelques autres pays européens ?
  • Alors que rien ne semble pour l'heure capable d'enrayer cette fuite en avant (‘'so far, so good'') et que des théories prétendument nouvelles s'efforcent de la valider, un tel régime peut-il être réellement pérenne ?
  • Si, comme je le pense la réponse est négative, quel type d'évènement pourrait alors être susceptible de le faire dérailler ?

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